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Rencontre avec Roger Verdier (1899 - 1995), par Serge Bertin

C'était un sacré bonhomme. Un amoureux, d'abord. Il fut amoureux jusqu'à la fin de ses jours. Amoureux fou et désintéressé, comme on l'est à l'âge adolescent. Amoureux de sa terre, de son pays manceau qui, soit dit en passant, ne le payait guère de retour. Un révolté, aussi. Hostile aux institutions, adversaire de tous les pouvoirs établis, il se plaisait à dire "Merde" aux puissants. Dérisoires, ses luttes à la Don Quichotte lui attirèrent de solides inimitiés.

Il savait se montrer follement généreux, accordant sa confiance à qui lui plaisait. Mais gare au faux-pas car sa rancune se révélait alors aveuglément tenace. Libertaire autant qu'individualiste, il appartenait à cette catégorie de personnages, aujourd'hui totalement disparus, que l'on pourrait qualifier d' "anarcho-folkloriste".

Il avait un pied dans le dix-neuvième siècle, puisqu'il naquit le 11 janvier 1899, à Connerré, dans une famille de la petite bourgeoisie. Le décès de sa mère, alors qu'il n'était âgé que de seize ans et des relations difficiles avec son père déterminèrent sans doute, chez lui, certains traits de son caractère.

Après des études au Lycée du Mans, écourtées par la première guerre mondiale, il exerça de multiples petits métiers interrompues bien souvent en raison de son tempérament ombrageux : vendeur, employé de bureau, postier, dessinateur ; il fut même paysan durant quelques mois…

1922 marque une rupture dans l'existence jusqu'alors instable de Roger Verdier. Le 22 avril, il épouse Raymonde Pottier qui, toute sa vie, le secondera avec une fidélité exemplaire. À la Toussaint de la même année, il quitte la maison Préel et s'installe à son compte. La fondation de sa propre entreprise de peinture et décoration lui apporte enfin l'indépendance.

Les années d'après-guerre voient naître, en Roger Verdier, un nouveau personnage, tout à la fois homme de lettres, poète, philologue, historien, archéologue et ethnographe. Sa production, impressionnante par son abondance et sa diversité est entièrement calligraphiée et illustrée par l'auteur, qui en assure lui même la diffusion.

En 1950, Roger Verdier fonde Le Râcaud, une compagnie artistique tout à fait originale. Le libraire, Marcel Graffin, auteur poète, Camille Chaineau, compositeur, auteur, poète, et acteur à l’occasion, composent les textes.

Leur ambition affichée, c’est de réjouir les amateurs de bonne gauloiserie française et, sur le plan folklorique, ceux qui ont pénétré l’intimité paysanne de nos fermes sarthoises (…) où se débitent les histoires salées contenant tout de même, quoi qu’on en dise, pas mal d’esprit. À la fois chansonnier et folklorique sarthois, le Râcaud se produit dans un caveau à la mode parisienne du temps, qui n’est autre que la cave située au 13 bis de la rue Robert Triger, sous le magasin de Roger Verdier. Le Râcaud poursuivera son activité avec plus ou moins de déboires et de succès jusqu'au carnaval d'été de 1967.

La majeure partie de son existence est rapportée dans un récit autobiographique : "L'enfant de la Belle époque". Parmi ses œuvres sur le passé de notre département, retenons une ambitieuse étude qui s'efforce d'associer toponymie et archéologie en un vaste panorama chronologique : "Préhistoire du Haut-Maine", "La Cénomanie celtique", "La Cénomanie gallo-romaine" et "Quatre cents mottes et fortifications du Haut-Maine". Désireux de donner des lettres de noblesse à notre parler local, il compose un "Dictionnaire du patois du Haut-Maine", paru en 1951, suivi, près de vingt ans plus tard, de sa "Grammaire du dialecte du Haut-Maine".

Portrait de Roger Verdier

Un choix d'histoires tirées des "50 bobilloneries" de Roger Verdier, un ouvrage rédigé en 1948
       
La trompette, par  René Langlais  
    
Le braconnier, par  Maurice Rondeau
    
Les tasses à Galupiau, par Roger Mahuet
    
Le dahu, par Maurice Rondeau 

Un choix de poèmes extraits du recueil de Roger Verdier "Lés Gearmes d'noûs Guérouàes"

La vieille , par Roger Mahuet

Maman Ty , par Roger Mahuet 

L'berton , par Maurice Rondeau 

Les rîles , par Maurice Rondeau  

Pour en savoir plus sur le Râcaud

 Lire le texte de Serge Bertin Article / format PDF