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Le lexique

Le lexique de Gaston Chevereau

Tout au long de l'histoire, le paysan a été exploité, il a toujours été le souffre-douleur : les guerres, les exactions, les corvées, les épidémies, les disettes, l'ignorance. Sa condition misérable a été permanente.

En 1920, la situation était toute changée ; cependant nous restions paysans, les descendants de nos ancêtres cul-terreux. Notre patois était ce langage de paysans construit au cours des siècles à l'écart de la société instruite. Notre langue restait inévitablement à l'image de notre métier et de notre condition sociale : simple et dépourvue d'élégance.

Depuis 1920, la révolution technologique a entraîné à une allure accélérée l'évolution sociale et la généralisation de la langue française académique. De nos jours, les dialectes régionaux qui sont pourvus de leur grammaire subsistent et même connaissent un regain de vie. Mais le patois disparaît avec son "représentant", le paysan du passé, le "pecnaud", le "plouc" attardé et humilié.

Les gens de la génération des années 50 nés dans un milieu patoisant ont tenté d'échapper à l'accent familial. Tous n'y ont pas réussi complètement. On entend encore par-ci par-là des "r" roulés qui trahissent les origines de leur usager. Quand les cordes vocales sont fixées, vers le début de l'adolescence, il est bien difficile d'acquérir la prononciation du "r" grasseyé. Il semble en effet légitime de vouloir paraître comme tout le monde. Les vieux s'accomodent allègrement de leur accent sarthois, il est pour eux une marque d'identité.

Pour autant, les mots du patois sarthois ne sont pas tous disparus de l'usage quotidien, loin s'en faut. Il est certain que ma langue maternelle "rougeoie encore comme une braise sous la cendre " (Cénomane). Alors, sans tarder, je souffle sur la braise et tente de faire jaillir la flamme de vie.

Mon patois, ma langue maternelle

Mon patois est le parler de mes ancêtres, de petites gens de la terre qui l'ont travaillée sans en être jamais propriétaire : petits bordagers, journaliers, bûcherons, sabotiers, tourneur sur bois à l'orée de la Forêt de Bercé.

Il est ma langue maternelle. Cela suffit. Je la respecte et l'aime telle qu'elle est. Mon dessein est de tenter de la perpétuer malgré tout, ou tout du moins d'en léguer un authentique et fervent témoignage à mes propres descendants et aux générations futures.

Lorsque tous les patoisants auront disparu, lorsqu'il ne restera plus aucun témoin de notre manière de vivre, les Français du XXI ème siècle en lisant nos textes, en écoutant grâce aux casettes, nos voix patoisantes diront sans doute "Est-il possible que nous descendions de ces gens qui parlaient si grossièrement ?" Car phonétiquement, notre parler est lourd ; quand à l'expression de la pensée, il faut reconnaître qu'elle manque de disctinction.

Les Français du XXI ème siècle devront alors faire preuve d'imagination pour se représenter ce qu'était notre vie paysanne, ici à l'Hommedaire au début du XXe siècle, et convenir que notre parler était accordé, comme je l'ai dit déjà, avec notre métier et notre condition sociale.

Ils devront, par la pensée, se mettre à notre place, admettre que nous n'étions pas dans l'ensemble intelligents et que, sans doute ils ne se seraient pas comportés autrement.

En cette année 1986, je présente simultanément mon ouvrage "L'Hommedaire, une enfance à la campagne " aux éditions Cénémane, et le présent lexique écrit et oral.

Je suis à la fois l'auteur qui s'exprime en français académique et le petit pâtou patoisant.

Avertissement

C'est exeptionnellement que je parle encore ma langue maternelle. Et puis, je ne l'ai jamais lu.

Pour ma commodité de prononciation à partir de la lecture, j'ai adopté une orthographe personnelle, qui m'aide, qui m'évite de m'égarer, une orthographe étrangère à toute considération grammaticale. La transcription phonétique absolue d'une langue est en fait impossible.

Les 1500 mots que j'ai recensés ne constituaient pas la totalité du vocabulaire de notre parler. Nous employions de nombreux mots du vocabulaire académique. Nous prononcions certains de ces mots de langue française à notre manière.

Si vous n'êtes pas né à l'Hommedaire, vous ne parviendrez jamais à bien prononcer mon patois. Je vous souhaite une bonne écoute. Gaston Chevereau, La Côtière, mai 1987.

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Le lexique de Gaston Chevereau

C'est un classeur de couverture rigide de couleur bleue, intitulé "C'est ainsi que l'on parlait à l'Hommedaire en 1920". Gaston Chevereau écrit à la main avec un stylo noir, sur des feuilles perforées sur le recto, quadrillées comme un classeur d'écolier.

Le lexique comporte plusieurs chapitres :
1 - Essai sur la prononciation
2 - Avertissement
"La transcription phonétique absolue d'une langue est un fait impossible" d'où les cassettes audio
3 - Le lexique du parler sarthois
De A à Z, pages numérotées de 1 à 218, Soit 1328 mots, chaque mot est placé dans une phrase courte
4 - Un addenda
De la page 219 à 223, 36 mots, toujours avec son expression.
5 - Les expressions bourre et bale
Page de 1 à 22 quatro : 149 expressions sont synonymes
Exemple :"d'enne bédaie = d'un seul coup"
6 - La prononciation des mots français
De A à Z, pages numérotées de 1 à 80, soit 679 mots. La présentation est abordée de la même façon que le lexique = le mot, son sens, et le mot placé dans une petite phrase explicative.

Gaston Chevereau termine et signe ce document le 29 mai 1987.

Ïl a écrit ce lexique dans sa petite maison à "la Côtiére", au mileu de ses arbres.

Ce lexique est accompagné de 10 heures d'enregistrements sur cassette audio.